Histoire d’une rencontre

Je suis issue d’une famille intimement liée à l’émergence des Arts décoratifs dans l’entre-deux-guerres : mon grand-père maternel, allemand, fut élève au Bahaus puis architecte d'intérieur et ébéniste à Berlin dans les années 1920-1930.  

Mon grand-père paternel fut directeur des services administratifs à la Compagnie Générale Transatlantique. Pour le paquebot Normandie, il choisit de faire travailler Jean Luce, Suzanne Lalique,  la maison Puiforcat, les cristalleries de Saint-Louis, Edgar Brandt, Raoul Dufy, Edy Legrand, Chas Laborde. Il fut un proche de Claude Roger Marx. Cet héritage est sans aucun doute à l’origine de mon goût pour l’art de la première moitié du XXe siècle.

Comment suis-je devenue spécialiste de la vie et de l’œuvre d’Hélène Guinepied ?

Ma première rencontre avec Hélène Guinepied remonte à 1999. J’ai acheté une petit huile sur carton dans une brocante, la signature, H. Guinepied, très lisible m’a intriguée. Pourtant à l’époque, je n’ai trouvé aucune information sur cet artiste (Je n’ai pas imaginé que Guinepied était une femme…). Ce n’est qu’en 2007 que j’ai pu commencer à tirer le fil.

Il aura fallu 14 années d’un travail de recherche souvent ardu, pour que je puisse rendre à Hélène Guinepied sa place dans l’histoire de l’art du début du XXe siècle. Du premier tableau identifié en 2007 aux 450 œuvres que j’ai inventoriées aujourd’hui (et ça n’est pas terminé !), j’ai entrepris une véritable enquête pour fair sortir de l’oubli l’artiste et son œuvre. Avant sa mort subite en 1937, Hélène Guinepied avait déposé la totalité de ses tableaux, dessins, croquis, esquisses, fonds documentaire, (correspondance privée, photographies, catalogues d’exposition, papiers personnels concernant sa formation artistique, ses projets pédagogiques, ainsi que de nombreux autres documents familiaux) au château de Saint-Moré, dans l’Yonne, propriété familiale depuis 1916. À la mort du dernier descendant de la famille et occupant du château en 1995, les ayants-droit vendent la propriété, et tout son contenu, entraînant la dispersion des œuvres et pour certaines hélas, leur vol ou leur destruction.

À l’exception d’une huile sur toile et de deux gouaches conservées au musée de Nevers, toutes les œuvres d’Hélène Guinepied que j’ai inventoriées appartiennent aujourd’hui à des collectionneurs privés.

L’exposition monographique pour laquelle j’ai rassemblé une cinquantaine de tableaux et d’œuvres graphiques à l’Orangerie des musées de Sens en 2019, a permis enfin au public de découvrir Hélène Guinepied. Figure unique en son genre parmi les femmes artistes modernes: peintre, dessinatrice, illustratrice, pédagogue et chef d’une entreprise dédiée aux arts décoratifs, aucune autre artiste n’a son profil dans l’entre-deux-guerres. À un ami, elle écrivait en 1934 : « Je veux vivre encore dans mon œuvre et je la confie à ceux qui viennent après moi ». La nécessité de l’hommage rendu à Hélène Guinepied avec cette première exposition n’en a été que plus évidente. Une seconde exposition en 2022 à Auxerre m’a permis de présenter au public une autre facette de son œuvre.

Le destin d’Hélène Guinepied est tout à fait singulier, et nous interroge une fois encore sur la place de la femme lorsqu’elle se choisit de consacrer sa vie à l’art, ainsi que sur les alliances qu’elle semble inévitablement devoir conclure afin de  permettre à son  nom de passer à la postérité. Ma rencontre avec cette artiste si émouvante a-t-elle été le fruit du hasard ?